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Supply Chain

Si la pénurie des semi-conducteurs était une pièce de théâtre … 

La pénurie commence à devenir le mot à la mode en Supply Chain. Cela fait déjà quelques années que cela va crescendo : de l’atteinte du pic de production sur certaines matières premières à l’évidente fragilité que créent des liens globaux et mondialisés sur les Supply Chain.  

Trois coups et la pièce démarre. 

Effondrement de l’offre.  

L’illustration récente, la plus parlante et probablement la plus médiatisée, est celle des semi-conducteurs. Le premier acte de cette pièce tragique a été le démarrage du bullwhip effect (le fameux effet coup de fouet qui vient créer des oscillations destructrices dans la Supply Chain) avec la demande de mise à l’arrêt des fonderies de semi-conducteurs par leurs clients pour éviter les surstocks, dans la lignée des premiers confinements européens. 

Explosion de la demande. 

Deuxième acte : la reprise effrénée de la demande mondiale, à la fois pour compenser l’arrêt mais également pour aider à s’adapter au nouveau monde – par exemple avec l’explosion d’ordinateurs pour le télétravail. Evidemment cette reprise a été grandement soutenue par des plans de relance occidentaux extrêmement importants – on pensera, entre autres, au chèque de $1200 pour 140 millions d’américains au printemps 2020 aux Etats-Unis qui sera suivi par un autre de $600, au soutien massif à l’économie et aux plans d’investissements keynésiens dans l’énergie, le bâtiment ou l’industrie. Une douce euphorie portée par un vent d’économie planifiée se répand partout dans le monde. 

Les graines de la pénurie germent. 

Ce deuxième acte se clôtura par l’arrivée de plusieurs protagonistes importants, au début laissés dans l’ombre mais qui feront bientôt leur entrée fracassante dans l’intrigue. Ils apparaissent cependant au troisième acte qui leur est intégralement consacré et sont autant de cygnes noirs. On retrouve notamment la difficulté de redémarrer les fonderies, les confinements stricts asiatiques qui mettent à l’arrêt leurs usines, les embouteillages dans les ports, la pénurie de transport terrestre et surtout maritime, la difficulté d’ajouts de capacités nouvelles. Bref, le coup de fouet prévu se produit bel et bien et claque de toutes ses forces sur la Supply Chain, bientôt incapable de supporter cet écart offre – demande. 

Une transition inconfortable mais qui semble fonctionner. 

Au quatrième acte nos héros se relèvent tant bien que mal : on tente d’accroître les capacités, on change son mix produit vendu pour arrêter les références les moins rentables, les ingénieurs redessinent des produits moins gourmands en semi-conducteurs comme Peugeot et son tableau de bord à aiguille ressorti des placards. Des plans d’investissement massifs sont annoncés par les entreprises, comme Intel, et par les états. Certains annoncent déjà que la surcapacité sera massive, mais qu’importe, la rupture, c’est maintenant et quand on a soif quelle importance de savoir que le puits sera trop profond : on en veut tout de suite, beaucoup, et on fait tout pour ne plus en manquer plus tard. 

De nouveaux rebondissements invitent à penser qu’il y aura une suite à cette pièce 

Cinquième acte. Arrivée du dernier personnage : le néon dont 50% de la production mondiale vient… d’Ukraine et notamment de la ville côtière d’Odessa. Que vient-il faire dans cette pièce celui-ci ? Eh bien, il a le mauvais goût d’être un consommable important pour les lasers utilisés lors de la fabrication de semi-conducteurs, on y revient ! Comme dans une série moderne, cet acte se finira évidemment sur un suspense irrésolu incitant à regarder la prochaine pièce. Comment nos héros feront-ils pour se passer de cela ? L’approvisionnement reprendra-t-il ? 

Une mer tumultueuse et un horizon sombre. 

La suite de cette pièce, prévue pour 2022/2023, pourrait être encore plus dramatique si la situation taïwanaise changeait significativement. En effet, l’île de Taïwan est le siège de production principal des semi-conducteurs au monde, avec plus de 20% des capacités installées. A titre d’information, pour les amoureux des additions, on est à 12% sur la Chine. L’Europe en totalité compte pour 6%.  

On le voit donc, ces interconnexions massives créent des fragilités partout dans le monde. Peu probable que cela diminue prochainement : instabilité politique, réchauffement climatique, accroissement de la population, pics de production atteints, les pénuries iront très certainement en grandissant. Il est donc nécessaire de se préparer. Cette préparation doit se faire en 2 temps : stratégiquement d’abord pour anticiper au maximum et tactiquement ensuite pour apprendre à gérer ces pénuries au mieux et à être le plus agile possible.

Théo

Théo Soulet
Consultant